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Le 19 octobre 2026, RGD — Résidents Gabonais de la Diaspora — tenait son quatrième débat en direct sur Facebook Média Résidents Gabonais de la Diaspora. Au cœur de l’échange : la suppression annoncée des bourses accordées aux étudiants gabonais à l’étranger. Une décision brutale, prise sans concertation, qui touche des milliers de jeunes au moment où ils en ont le plus besoin. Pendant près de deux heures, modérateurs et invités M. Joune NANG et M. BOUYON YENDA Tracy, ont décortiqué les causes, les conséquences et les alternatives possibles à cette mesure qui, selon beaucoup, envoie un signal dévastateur à toute une génération.
D’un montant compris entre 230 € et 700 € par mois selon les filières et les pays d’accueil, la bourse gabonaise représentait bien plus qu’une aide financière. Pour des centaines de jeunes issus de quartiers populaires de Libreville, de Port-Gentil ou de l’intérieur du pays, elle était la seule passerelle vers des études supérieures. Comme le soulignait M. Bouyon : « La bourse permet à des jeunes issus de quartiers défavorisés de faire de grandes études à l’étranger — c’est le seul levier concret contre les inégalités. » que leurs familles n’auraient jamais pu financer seules.
Des étudiants témoignent avoir accompli licence, master et doctorat — soit parfois neuf ans d’études — entièrement grâce à ce dispositif. Parmi les 5 600 étudiants gabonais recensés en France, environ 1 100 bénéficiaient de cette bourse. Ce n’est pas rien : c’est plus d’un millier de parcours de vie qui basculent du jour au lendemain.
Comme le rappelait M. Bouyon : « La jeunesse est la force d’un pays — la négliger conduirait au chaos. ». « La suppression de ce soutien ne touche pas tout le monde également. Les enfants de familles aisées continueront d’étudier en France, au Canada, aux États-Unis. Les autres devront se débrouiller — ou renoncer. » a affirmé M. Joune NANG. C’est précisément ce creusement des inégalités que le débat a mis en lumière.
L’un des points les plus débattus de la soirée concernait les failles du système d’attribution. M. Joune Nang a affirmé que « sous les régimes précédents, l’attribution des bourses était biaisée et favorisait les proches du pouvoir ». Une vision nuancée par M. Bouyon : « La proportion d’enfants de personnalités boursiers était insignifiante par rapport au nombre total d’étudiants gabonais ordinaires. » Deux lectures, mais un constat partagé : le système doit être réformé, pas supprimé.illes du système d’attribution. Certaines voix ont rappelé que par le passé, des bourses avaient parfois été accordées à des enfants de personnalits politiques, au détriment d’étudiants méritants. Mais ce constat a été nuancé : la grande majorité des boursiers étaient bel et bien issus de milieux modestes. La corruption existait, oui — mais elle ne résumait pas le système.
La vraie question posée lors du débat est ailleurs : faut-il supprimer un dispositif parce qu’il a été mal géré, ou faut-il le réformer ? La réponse des intervenants a été unanime : la réforme s’impose, pas la suppression.
Une proposition concrète a émergé : s’inspirer du modèle français, qui conditionne les aides étudiantes aux revenus des parents, pour créer un système gabonais mérite-social. Garder l’exigence académique tout en ciblant en priorité les familles les plus modestes. Et « réduire éventuellement le nombre de boursiers — passer de 1 100 à 500, par exemple — pour augmenter les montants et garantir des conditions de vie réelles en pays d’accueil. » a suggéré M. NANG
L’argument officiel de l’État gabonais est budgétaire : le pays n’a plus les moyens. Une affirmation que le débat a mise à rude épreuve. Si 1 100 boursiers représentent une charge financière significative, elle reste négligeable au regard des richesses pétrolières, minières et forestières du Gabon.
M. Joune Nang a qualifié la décision d’« arbitraire et préjudiciable pour la formation de l’élite de demain ». La question posée avec force : si les caisses sont vraiment vides, pourquoi les premières victimes sont-elles toujours les mêmes — les étudiants, les plus vulnérables ? Et où sera réinvesti l’argent ainsi économisé ? Aucune réponse officielle n’a été apportée à cette question. En l’absence de transparence sur l’allocation des fonds, il est impossible d’accepter l’argument de la nécessité.
M. Bouyon a reconnu que « le non-retour des diplômés au Gabon s’explique principalement par le manque d’opportunités professionnelles locales ». Une solution a été avancée : renégocier les accords bilatéraux avec la France pour que l’État gabonais maintienne sa contribution historique — autour de 600 € — et que les familles complètent éventuellement la différence. Mais cette proposition a été contestée par M. Joune Nang : « De nombreuses familles modestes vivent avec moins de 300 € par mois — elles ne pourront jamais verser un complément mensuel. Cela renforcerait l’élitisme. »
Plutôt que de supprimer, d’autres pays africains ont fait le choix de réformer. Ces expériences ont été citées lors du débat comme sources d’inspiration directe.
Le Sénégal a drastiquement réduit le nombre de bourses à l’étranger, mais il a simultanément investi massivement dans ses universités domestiques — UCAD, UADB — et noué des partenariats avec des grandes écoles françaises et canadiennes qui forment sur place. Moins d’étudiants partent, mais ceux qui partent sont sélectionnés sur mérite.
Le Ghana a développé un modèle de partenariat public-privé : des entreprises comme MTN cofinancent des bourses en échange d’un engagement de l’étudiant à travailler pour elles à son retour. Un contrat entre un jeune, une entreprise et son pays.
Le Rwanda, enfin, conditionne chaque bourse à un retour au pays et à un service dans le secteur public. Les filières financées correspondent exactement aux besoins identifiés : santé, technologie, ingénierie. Ce n’est pas une aide sociale, c’est un investissement d’État stratège. Comme le résumait M. Joune Nang : « Il faut des critères sociaux pour aider les familles modestes — le mérite seul ne suffit pas à garantir l’équité. »
Ce que ces modèles ont en commun : aucun n’a simplement supprimé les bourses sans construire une alternative.
Au terme des échanges, plusieurs recommandations ont émergé, que RGD entend porter dans son livre blanc transmis aux autorités en fin d’année.
Auditer le système des bourses. Analyser l’attribution actuelle, identifier les dérives, et refonder les critères sur une base sociale et méritocratique transparente.
Clarifier l’allocation budgétaire. L’État doit dire publiquement où va l’argent économisé sur les bourses, et comment il sera réinvesti dans l’éducation nationale.
Réformer le système universitaire gabonais. Investir dans les universités locales, attirer des enseignants de haut niveau, développer les laboratoires et les infrastructures pour que les premières années n’échappent plus au pays.
Renégocier les accords bilatéraux. Travailler avec la France pour adapter les exigences financières à la réalité gabonaise, et multiplier les accords avec d’autres pays (Brésil, pays asiatiques) où les coûts sont moins élevés.
Interpeller l’Assemblée nationale. Porter la question devant les députés pour que la décision soit débattue au niveau législatif, et non imposée par voie administrative sans concertation.
Un pays qui investit dans sa jeunesse fait un pari sur l’avenir. Un pays qui l’abandonne envoie un signal : vous ne comptez pas.
Ce quatrième débat RGD n’a pas répondu à toutes les questions — et ce n’était pas son objectif. Il a posé celles qui comptent, avec franchise et sans complaisance. La suppression des bourses n’est pas une fatalité. D’autres pays africains ont trouvé des voies alternatives. Le Gabon, avec ses ressources, n’a aucune excuse de ne pas en faire autant.
RGD continuera de porter ces voix, d’ouvrir ces débats, et de transmettre ces propositions aux autorités compétentes. Parce que la diaspora n’est pas hors du pays — elle est le pays, autrement.
🎥 Retrouvez l’intégralité du débat sur notre chaîne YouTube. Échanges, témoignages, propositions — tout y est. Regardez, partagez, et rejoignez la conversation dans les commentaires.




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