Entre promesse de retrouvailles et questions en suspens : ce que la rencontre du Président OLIGUI NGUEMA avec la Diaspora Gabonaise nous a réellement dit
Par RGD – Résidents Gabonais de la Diaspora
Le mardi 21 juillet 2026, les Pyramides de Port-Marly ont accueilli une importante mobilisation de la diaspora gabonaise à l’occasion de la visite d’État du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en France.
Arrivés de différentes régions de France, mais également de pays voisins, de nombreux Gabonais ont répondu présents.
Cette mobilisation n’était pas anodine.
Elle témoignait d’un attachement réel au pays, mais aussi d’une attente. Celle d’une diaspora qui souhaite être considérée, écoutée et associée concrètement à la construction du Gabon.
La rencontre intervenait dans le cadre d’une visite d’État en France du 19 au 22 juillet 2026, dont l’agenda officiel prévoyait notamment le renforcement des relations bilatérales, des échanges économiques, de la coopération en matière de formation, d’innovation et d’investissement.
Un rendez-vous placé sous le signe du « Made in Gabon »
Avant le début de la rencontre, le président de la République et la Première Dame, Mme Zita Oligui Nguema, ont visité le village artisanal installé pour l’occasion.
L’initiative mettait à l’honneur des entrepreneurs gabonais issus de différents secteurs.
Ce moment avait une portée symbolique forte.
Car derrière les discours sur la diaspora, il y a aussi une réalité concrète : des Gabonais qui entreprennent, créent, innovent et portent le nom du Gabon au-delà de ses frontières.
La diaspora ne représente pas uniquement des transferts financiers.
Elle est également composée d’entrepreneurs, de médecins, d’ingénieurs, d’artistes, de chercheurs, d’artisans, de cadres et de professionnels qui constituent un véritable réservoir de compétences.
Encore faut-il que ces compétences soient réellement identifiées, mobilisées et associées au développement national.
Une mobilisation saluée, une attente clairement exprimée
Après plusieurs heures d’attente, le président de la République et la Première Dame ont finalement rejoint l’amphithéâtre.
L’allocution de l’ambassadeur du Gabon en France, M. Alfred Nguia Banda, a ouvert la séquence officielle.
Dans son intervention, l’ambassadeur a mis en avant le potentiel de la diaspora et la nécessité de l’associer davantage à la construction du pays.
Une formule a particulièrement retenu notre attention :
« Nous devons l’aider à aider ceux qui sont à aider. »
Derrière cette phrase se trouve une réalité que RGD observe depuis sa création : de nombreux Gabonais de la diaspora souhaitent contribuer au développement du pays, mais se heurtent encore à des difficultés d’accès à l’information, de coordination, d’accompagnement et parfois de confiance.
La question n’est donc plus simplement de savoir si la diaspora veut aider.
La question est aussi de savoir dans quel cadre elle peut le faire efficacement, durablement et en toute confiance.
Le député de la diaspora rappelle la nécessité de maintenir le lien
Le député de la diaspora en Europe, M. Rostan Mickael Engonga, a ensuite pris la parole.
Son intervention s’est inscrite dans la continuité de son engagement à renforcer le lien entre les Gabonais de l’étranger et les institutions nationales.
Il a notamment salué les évolutions institutionnelles visant à donner une place plus importante à la diaspora dans la vie publique gabonaise.
Cette représentation constitue une avancée importante.
Mais elle pose également une question essentielle :
La représentation politique doit-elle s’arrêter à l’élection de représentants ?
Pour la diaspora, la réponse est probablement non.
Être représenté, c’est aussi pouvoir être entendu.
C’est pouvoir poser des questions.
C’est pouvoir obtenir des réponses.
C’est pouvoir suivre les engagements pris.
Et c’est surtout pouvoir participer aux décisions qui concernent directement les Gabonais vivant à l’étranger.
Manganèse : une annonce économique majeure, mais un rendez-vous avec l’avenir
Le président Oligui Nguema a ensuite annoncé ce qu’il a présenté comme une avancée majeure obtenue lors de sa rencontre avec les autorités françaises et les partenaires économiques.
À partir de 2029, une partie du manganèse extrait au Gabon doit faire l’objet d’une transformation locale à Moanda.
Le projet annoncé porterait sur environ 700 000 tonnes.
La volonté de transformer davantage les ressources naturelles sur le territoire gabonais s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation locale et de création de valeur. Eramet a déjà indiqué que le Gabon se dirigeait vers une transformation accrue de sa filière manganèse, dans le contexte de l’objectif d’interdiction des exportations de minerai brut à partir de 2029.
Cette perspective peut représenter une véritable opportunité pour le Gabon.
Emplois.
Compétences.
Sous-traitance.
Industrie.
Ingénierie.
Formation.
Mais une question doit être posée dès maintenant :
Le Gabon dispose-t-il aujourd’hui de suffisamment de compétences pour accompagner cette transformation industrielle ?
La réponse impose de regarder la diaspora autrement.
Les ingénieurs, techniciens et professionnels gabonais formés à l’étranger pourraient avoir un rôle important à jouer.
Mais pour cela, il faudra dépasser les appels généraux au patriotisme.
Il faudra créer des mécanismes concrets :
- identification des compétences ;
- dispositifs de retour temporaire ou permanent ;
- reconnaissance des qualifications ;
- conditions d’installation ;
- rémunérations compétitives ;
- sécurité juridique ;
- possibilités d’entreprendre et d’investir.
La diaspora ne doit pas être appelée uniquement lorsqu’il faut mobiliser des ressources.
Elle doit être considérée comme un partenaire de compétences.
La question de la formation : l’un des enjeux les plus importants
Le président a également abordé la question des études et des bourses étudiantes.
Il a évoqué l’augmentation du coût de l’accès à certaines formations en France et les difficultés que cela pourrait représenter pour les finances publiques gabonaises.
La conséquence annoncée serait une diversification des partenariats universitaires, ainsi qu’une réflexion autour du développement d’établissements d’enseignement supérieur au Gabon répondant à des standards internationaux.
Sur le principe, l’enjeu est fondamental.
Un pays qui veut se développer doit former ses propres compétences.
Il doit être capable de proposer à sa jeunesse des formations de qualité, adaptées aux besoins de son économie.
Mais là encore, la question essentielle sera celle de l’exécution.
Les Gabonais n’ont plus seulement besoin de promesses concernant la construction d’universités modernes.
Ils ont besoin de savoir :
- quand ces établissements verront le jour ;
- avec quels financements ;
- selon quels standards ;
- avec quels enseignants ;
- pour quelles filières ;
- et surtout, avec quelles garanties de qualité.
Car le développement du Gabon passera nécessairement par la formation de ses enfants.
Qu’ils vivent à Libreville, Port-Gentil, France, au Canada, aux États-Unis ou ailleurs.
Le point de tension : les réseaux sociaux et les voix critiques
C’est probablement sur la question des activistes et des réseaux sociaux que le discours présidentiel a suscité les réactions les plus contrastées.
Le chef de l’État a défendu la suspension des réseaux sociaux décidée au Gabon en invoquant des impératifs liés à la sécurité nationale, à la stabilité des institutions et à la cohésion sociale. La suspension de février 2026 a effectivement été justifiée par les autorités gabonaises au nom de ces enjeux, tandis que plusieurs observateurs et acteurs de la société civile ont dénoncé une atteinte à la liberté d’expression et à la participation citoyenne.
Le président a également tenu des propos particulièrement sévères à l’égard de certains activistes, les présentant comme des Gabonais « aigris » nuisant à l’image du pays.
RGD considère qu’il est nécessaire de distinguer plusieurs choses.
Oui, les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour diffuser de fausses informations, de la haine ou des contenus susceptibles de menacer la sécurité et la cohésion sociale.
Oui, la responsabilité des citoyens et des créateurs de contenu doit être posée.
Mais dans une démocratie, la critique du pouvoir ne peut pas automatiquement être assimilée à une volonté de nuire au pays.
Critiquer un gouvernement n’est pas nécessairement critiquer sa nation.
Dénoncer une décision publique n’est pas nécessairement être contre son pays.
Être en désaccord avec le président ne signifie pas être contre le Gabon.
C’est précisément parce que le Gabon est une nation qu’il doit pouvoir accueillir des opinions différentes.
La liberté d’expression ne protège pas uniquement les discours que nous apprécions.
Elle protège également ceux qui nous dérangent.
La régulation des réseaux sociaux peut être nécessaire.
Mais elle doit être proportionnée, transparente, encadrée par le droit et compatible avec les libertés fondamentales.
La suspension générale des réseaux sociaux demeure, de ce point de vue, une décision qui mérite d’être interrogée. Les autorités ont invoqué la sécurité nationale et la stabilité des institutions ; des organisations et observateurs ont, en retour, alerté sur ses conséquences pour la liberté d’expression, l’accès à l’information et la participation citoyenne.
« Il n’existe pas deux types de Gabonais »
Parmi les propos du chef de l’État, une phrase a particulièrement retenu notre attention :
« Il n’existe pas deux types de Gabonais, ceux du pays et ceux de l’étranger. Nous formons une seule nation, un seul peuple, une seule famille, cette famille c’est le Gabon. »
Cette vision est essentielle.
Mais elle doit désormais se traduire dans les faits.
Car une famille ne se construit pas uniquement autour de discours d’unité.
Elle se construit aussi autour de l’écoute.
Du respect des différences.
De la possibilité de dire que quelque chose ne va pas.
D’un dialogue dans lequel la critique n’est pas automatiquement perçue comme une trahison.
La diaspora gabonaise ne demande pas à être systématiquement applaudie.
Elle demande à être considérée comme une partie intégrante du pays.
Une rencontre avec la diaspora… mais pas encore véritablement un dialogue
C’est probablement le principal regret que nous retenons de cette rencontre.
La mobilisation était importante.
Les attentes étaient nombreuses.
Beaucoup de Gabonais avaient fait le déplacement avec des questions concrètes.
Questions consulaires.
Questions administratives.
Questions liées aux investissements.
Questions relatives à la formation.
Questions concernant le retour au pays.
Questions liées à la sécurité juridique et à la confiance.
Pourtant, le format de la rencontre n’a pas véritablement permis un échange approfondi avec la salle.
Le président a parlé à la diaspora.
Mais la diaspora n’a pas réellement pu dialoguer avec lui.
Et cette nuance est importante.
Une rencontre avec la diaspora ne devrait pas seulement être une tribune institutionnelle.
Elle devrait pouvoir devenir un espace de questions, de réponses et de confrontation constructive.
Car le véritable enjeu n’est pas seulement de réunir les Gabonais.
Il est de créer les conditions d’un dialogue utile.




La vraie question : la confiance peut-elle être reconstruite ?
Au terme de cette rencontre, une question demeure.
Le Gabon veut-il réellement construire avec sa diaspora ?
Le président de la République affirme que le pays a besoin de ses fils et de ses filles, où qu’ils se trouvent.
Cette volonté est nécessaire.
Mais elle devra désormais être accompagnée d’actes.
La diaspora gabonaise dispose de compétences, de réseaux, de capitaux, d’expériences et d’une connaissance des réalités internationales.
Elle peut contribuer au développement du Gabon.
Mais elle ne pourra pas le faire durablement sans un environnement qui inspire confiance.
La confiance se construit par :
- la transparence ;
- la stabilité juridique ;
- la qualité des institutions ;
- la liberté de poser des questions ;
- la capacité à accepter la contradiction ;
- la protection des investisseurs ;
- la reconnaissance des compétences ;
- et la possibilité de participer réellement aux décisions qui concernent la nation.
Le président Oligui Nguema a déclaré vouloir bâtir le Gabon avec les Gabonais.
La diaspora, elle, semble prête à contribuer.
Mais la question demeure :
Le Gabon est-il prêt à faire suffisamment confiance à sa diaspora pour lui permettre de participer pleinement à cette construction ?
Et, réciproquement :
Les Gabonais de la diaspora sont-ils prêts à faire confiance aux institutions pour revenir, investir, entreprendre et contribuer sans craindre de perdre leurs ressources, leur liberté ou leur sécurité ?
C’est probablement là que se situe le véritable enjeu.
La rencontre du 21 juillet n’a pas apporté toutes les réponses.
Elle a néanmoins mis en lumière une réalité essentielle :
la diaspora gabonaise est mobilisée, attentive et profondément attachée à son pays.
Elle ne demande pas nécessairement à être d’accord avec tout.
Elle demande à pouvoir participer.
Et peut-être est-ce précisément cela que le Gabon doit désormais apprendre à construire :
une relation avec sa diaspora fondée non pas sur la méfiance, la flatterie ou l’instrumentalisation, mais sur une confiance réciproque.


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