
Le 28 juin dernier, RGD réunissait quatre acteurs engagés de la diaspora gabonaise pour un débat sans langue de bois sur la question qui agite nos communautés depuis des mois : faut-il rentrer au Gabon ? Entre espoir sincère, lucidité nécessaire et réalités du terrain, voici ce qui s’est dit.
Quatre profils, quatre regards complémentaires. Mme Emilie Cafieri, fondatrice d’AKA Immobilier, Franco-gabonaise installée en France depuis plus de dix ans, qui a fait le choix de transférer son expertise immobilière au Gabon. M. Harold Ndong Mezui, président-fondateur de PROFIDGA 360, un fonds d’investissement lancé en mars dernier pour mobiliser l’épargne de la diaspora au service du développement gabonais. Valéry Nkwele Mba, cadre dans l’administration publique et président du Conseil des Gabonais de France. Et Sysney Angoue Ngomo, entrepreneur, assureur de formation et chercheur en didactiques sportives.
Quatre personnes qui, chacune à leur façon, ont déjà posé un pied dans la réponse — sans pour autant fermer les yeux sur la complexité de la question.
Sur le principe, le consensus est rapide. Rentrer chez soi, c’est une bonne idée. « On n’est mieux que chez soi« , pose d’emblée Sysney Angoue Ngomo. Emilie Cafieri, elle, va plus loin dans l’intime : « Moi, j’ai répondu à l’appel des ancêtres. » Une phrase qui dit tout sur ce que représente le retour pour ceux qui l’ont vécu — pas un calcul, une évidence.
Mais l’unanimité s’arrête là. Car si le principe fait consensus, les conditions, elles, font débat. « Le Gabon a besoin de compétences et d’expertise pour se développer… mais aujourd’hui, est-ce que le cadre est favorable à ce retour de compétences ? » interroge Valéry Nkwele Mba. La question est posée sans détour — et elle restera sans réponse définitive tout au long du débat. Ce qui est déjà, en soi, une réponse.
Le message des quatre invités est clair : rentrer par effet de mode ou sous le coup de l’émotion politique, c’est prendre le risque de vivre le retour comme un échec. Il faut se préparer. Personnellement, financièrement, psychologiquement.
La chute du régime Bongo a incontestablement rebattu les cartes. Pour beaucoup de Gabonais de la diaspora, elle a rouvert une fenêtre qu’ils croyaient condamnée. « Je pense que quand on est opportuniste pour son pays, ce n’est pas négatif« , affirme Emilie Cafieri.
Mais les esprits lucides tempèrent. Historiquement, la diaspora gabonaise s’est construite autour d’étudiants partis passer leur bac puis leurs études à l’étranger — une diaspora de passage, qui avait vocation à rentrer. Aujourd’hui, ce profil a changé. « On nous parle de 39 000 Gabonais en France« , rappelle Harold Ndong Mezui. Une diaspora qui s’est sédentarisée, faute d’opportunités suffisantes au pays, faute de conditions économiques et politiques satisfaisantes.
Et la question qui fâche reste posée : est-ce que le nouveau système sera vraiment différent ? Ou reproduira-t-il les mêmes logiques — le piston, les réseaux, le « fils de » — qui ont pendant des décennies fermé les portes à ceux qui ne connaissaient pas les bonnes personnes ?
Le discours du président incite la diaspora à contribuer au développement du pays. C’est bien. Mais comme le soulève Valéry Nkwele Mba avec une franchise qui mérite d’être entendue : « On peut faire le pari que si dans trois mois on se pose au Gabon, la majorité d’entre nous n’aura pas trouvé d’activité économique. C’est une réalité. » La volonté politique existe peut-être. Le cadre, lui, n’est pas encore là.
C’est l’une des idées les plus concrètes du débat — et sans doute l’une des plus importantes. Le retour n’est pas forcément physique dans un premier temps. Investir au Gabon, mobiliser l’épargne accumulée à l’étranger pour financer des projets à impact économique, c’est une façon de préparer le terrain avant de poser ses valises.
C’est précisément ce que proposent PROFIDGA 360 et AKA Immobilier : des outils structurés pour que la diaspora puisse investir au Gabon avec un minimum de sécurité et de visibilité. Car l’un des freins majeurs à l’investissement immobilier au Gabon reste la problématique foncière. « On fonctionne sans titre foncier. On peut acheter cinq, dix fois le même terrain à une seule personne« , alerte Emilie Cafieri. Et d’ajouter, avec une logique imparable : « On ne peut pas vouloir rentrer chez soi sans avoir un toit.«
Le message est là : avant de rentrer, bâtissez. Et pour bâtir sereinement, il faut un accompagnement fiable.
Le débat a aussi abordé un sujet qu’on évoque rarement : ceux qui sont rentrés, et qui ont dû faire marche arrière. Pas par manque de courage, pas forcément par manque de préparation. Mais parce que le choc culturel est réel, et sous-estimé.
« Il y a aussi la question du choc culturel, qui est très fort », reconnaît Emilie Cafieri. On a beau être gabonais de naissance, après des années en Occident — où les services sont réactifs, les administrations (relativement) fluides, les rythmes de vie structurés — retrouver un environnement plus lent, moins formalisé, peut déstabiliser profondément. Surtout quand le retour se fait en famille, avec des enfants nés en Europe, un conjoint qui n’a pas les mêmes racines. « Il y a des contraintes, mais aussi des avantages. Il faut arriver à faire la balance entre les deux. »
Et puis, il y a une réalité qu’on ne peut pas passer sous silence : le retour au Gabon n’est pas possible pour tout le monde. Certains activistes, voix critiques sur les réseaux sociaux, savent qu’ils sont attendus à l’aéroport. Le Gabon nouveau n’a pas encore prouvé qu’il pouvait accueillir toutes ses voix — y compris les plus dérangeantes.
Le débat a aussi abordé un sujet qu’on évoque rarement : ceux qui sont rentrés, et qui ont dû faire marche arrière. Pas par manque de courage, pas forcément par manque de préparation. Mais parce que le choc culturel est réel, et sous-estimé.
« Il y a aussi la question du choc culturel, qui est très fort », reconnaît Emilie Cafieri. On a beau être gabonais de naissance, après des années en Occident — où les services sont réactifs, les administrations (relativement) fluides, les rythmes de vie structurés — retrouver un environnement plus lent, moins formalisé, peut déstabiliser profondément. Surtout quand le retour se fait en famille, avec des enfants nés en Europe, un conjoint qui n’a pas les mêmes racines. « Il y a des contraintes, mais aussi des avantages. Il faut arriver à faire la balance entre les deux. »
Et puis, il y a une réalité qu’on ne peut pas passer sous silence : le retour au Gabon n’est pas possible pour tout le monde. Certains activistes, voix critiques sur les réseaux sociaux, savent qu’ils sont attendus à l’aéroport. Le Gabon nouveau n’a pas encore prouvé qu’il pouvait accueillir toutes ses voix — y compris les plus dérangeantes.
La leçon la plus politique du débat est peut-être celle-ci : la diaspora gabonaise dispose d’un capital humain considérable. Mais elle peine à transformer ce capital individuel en intelligence collective. « La diaspora gabonaise a un capital humain considérable, mais qui peine à transformer ce capital individuel en intelligence collective », résume Valéry Nkwele Mba.
« Si on le fait en association, on va impacter le pouvoir. Si c’est de façon individualiste, on n’aura rien », tranche Sysney Angoue Ngomo. C’est le CGF, PROFIDGA 360, AKA Immobilier et d’autres structures qui s’attèlent à cette tâche : recenser les acteurs, créer des synergies, peser collectivement sur les politiques publiques.
Pour que le retour soit possible, il faut aussi que le Gabon assainisse son climat des affaires. « Le Gabon doit être assaini sur le plan juridique mais également administratif », dit Valéry Nkwele Mba. « Le climat des affaires doit être assaini afin de favoriser l’investissement des nationaux et même des internationaux », ajoute Harold Ndong Mezui. Et Sysney Angoue Ngomo de rappeler l’essentiel : sans justice, sans protection contre la corruption, aucun Gabonais de la diaspora ne prendra le risque d’engager ses économies au pays.



Ce que RGD retient
Rentrer au Gabon, oui. Mais les yeux ouverts. Avec une préparation sérieuse, un projet concret, et la lucidité de savoir que le chemin sera semé d’embûches — administratives, culturelles, économiques. Le Gabon a besoin de sa diaspora. Mais la diaspora a aussi besoin d’un Gabon qui se donne les moyens d’être à la hauteur de cet appel.
« Les choses vont se faire et s’améliorer au fur et à mesure. C’est là qu’on se doit d’apporter notre pierre à l’édifice — ce n’est pas quand tout sera fait », conclut Emilie Cafieri.
Le retour implique une part de sacrifice. Il faut être prêt à perdre, à reconstruire, à réapprendre. Ceux qui partent avec cette conscience ont une longueur d’avance sur ceux qui partent avec des illusions.
Et vous — le retour au Gabon, c’est un projet, un rêve, ou une question encore sans réponse ? Dites-le nous en commentaire. Ce débat n’est pas terminé — il commence.
Retrouvez l’intégralité du Débat RGD sur notre chaîne YouTube : youtu.be/qPuJJCZq2eg


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